Le canon 751 du Code de droit canonique de 1983 est court. Il tient en deux lignes. Il est, à ce titre, l’un des textes les plus cités et les moins lus du débat autour de la FSSPX.
Le texte
Haeresis est assertio post receptum baptismum alicuius veritatis fide divina et catholica credendae pertinax denegatio aut de ea pertinax dubitatio ; apostasia, fidei christianae ex toto repudiatio ; schisma, subiectionis Summo Pontifici aut communionis cum Ecclesiae membris eidem subditis detrectatio.
Trois termes définis dans un seul canon : hérésie, apostasie, schisme. Le législateur les a voulu distincts. L’exégèse doit respecter cette distinction.
Analyse terme à terme
Hérésie (haeresis) : négation ou doute pertinace d’une vérité de foi divine et catholique. Le mot-clé est pertinax — têtu, délibéré, persistant après correction. L’erreur sincère n’est pas l’hérésie. La résistance obstinée à une vérité définie, oui.
Apostasie (apostasia) : répudiation totale de la foi chrétienne. Le ex toto est essentiel. L’apostasie n’est pas une contestation partielle : c’est une rupture complète avec le christianisme.
Schisme (schisma) : subiectionis Summo Pontifici aut communionis cum Ecclesiae membris eidem subditis detrectatio. Décomposons :
- subiectionis detrectatio : refus de la subordination au Souverain Pontife. Non : désaccord, critique, résistance à une décision particulière. Le refus de la subordination en tant que telle — c’est-à-dire le refus de reconnaître l’autorité du Pape comme telle. - aut communionis cum Ecclesiae membris eidem subditis detrectatio : ou refus de la communion avec les membres de l’Église soumis au Pape. Le schisme peut donc être horizontal (rupture avec la communauté) autant que vertical (rupture avec le Pape).
Le canon 751 ne dit pas que critiquer une décision du Pape est un schisme. Il ne dit pas que résister à une réforme liturgique est un schisme. Il ne dit pas qu’être en situation d’irrégularité canonique constitue un schisme. Le schisme, selon ce texte, est un acte de refus de la subordination en tant que telle — non une posture critique vis-à-vis de l’exercice de cette autorité.
L’application à la FSSPX
Si l’on prend le canon au sérieux — ce que font normalement les canonistes —, il faut démontrer, pour qualifier la FSSPX de schismatique, que la Fraternité a posé un acte de refus de la subordination au Pape en tant que Pape.
Cet acte n’existe pas dans les archives. Ce qui existe : des lettres au Pape, des demandes d’audience, des propositions de régularisation, des déclarations doctrinales affirmant la primauté pontificale tout en contestant la prudence de son exercice. Aucun de ces actes ne correspond à la définition du canon 751.
Les sacres de 1988 sont souvent cités comme l’acte en question. Mais les sacres épiscopaux sans mandat pontifical constituent un délit canonique distinct (can. 1382), non une assertion de rupture avec l’autorité pontificale. Le délit est réel. Il n’est pas le schisme.
Une précision pour finir
La définition du can. 751 est stricte parce que le schisme est une réalité grave, aux conséquences canoniques très lourdes. Le législateur de 1983 a voulu éviter que le mot soit utilisé comme arme rhétorique. La précision n’est pas une concession libérale : c’est une protection de la vérité juridique.
Quand un cardinal, un théologien ou un journaliste emploie le mot « schismatique » pour désigner la FSSPX, il peut le faire par ignorance du texte, par conviction sincère, ou par commodité polémique. Dans les trois cas, il ne cite pas le canon 751. S’il le citait, il ne pourrait pas conclure ce qu’il conclut.
Verba legis sunt accipienda secundum sensum proprium.